Déclaration de la conseillère principale chargée de la lutte contre la traite des personnes à l'occasion de la Journée de sensibilisation à la traite des personnes
La Journée de sensibilisation à la traite des personnes est un moment pour faire une pause, écouter et affronter une vérité difficile : la traite des personnes n’est pas rare et elle ne se produit pas seulement ailleurs. Elle se déroule dans nos communautés, touche des personnes de tous âges et persiste parce que la vulnérabilité est exploitée et que les préjudices sont trop souvent mal compris.
À l’échelle mondiale, et ici au Canada, la traite des personnes est en augmentation. L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime signale une hausse de 25 % du nombre de victimes de la traite détectées dans le monde, les enfants représentant désormais près de 40 % des victimes identifiées. Les femmes et les filles demeurent touchées de manière disproportionnée, particulièrement dans le cadre de l’exploitation sexuelle. Le travail forcé et la criminalité forcée sont également en hausse dans les pays riches comme le Canada et dans les pays à faible revenu. Ces tendances reflètent une instabilité croissante, l’insécurité économique et le ciblage délibéré de personnes vulnérables, sans que celles-ci n’en soient en rien responsables.
Au Canada, les données nationales suggèrent que la traite des personnes est principalement nationale et liée au genre. Quatre-vingt-treize pour cent des victimes identifiées sont des femmes et des filles, dont la plupart ont moins de vingt-cinq ans. La grande majorité d'entre elles sont victimes de traite par ce que l'on décrit souvent comme « quelqu'un qu'elles connaissent », tel qu'un partenaire intime ou une connaissance. La manière dont nous communiquons cette information est importante. La plupart des messages publics que les Canadiens entendent ou lisent suggèrent une certaine familiarité ou un consentement, même lorsque ce n'est pas le cas. Présenter la traite des personnes de cette manière est à la fois trompeur et préjudiciable et peut donner au public la fausse impression que les victimes ont fait de mauvais choix personnels ou que le préjudice aurait pu être évité si elles avaient choisi différemment leurs partenaires ou leurs amis.
En cette Journée nationale de sensibilisation, informons nos communautés sur ce qui se passe réellement. Le plus souvent, les victimes ne « connaissent » pas leurs trafiquants au sens propre du terme, elles ne connaissent même pas leur vrai nom. Ces soi-disant relations sont entièrement fabriquées à partir de mensonges et de manipulations visant à faciliter le crime. Les trafiquants se font délibérément passer pour des petits amis, des amis ou des protecteurs afin d'instaurer une fausse confiance, d'isoler les victimes et de maintenir leur contrôle. Présenter les trafiquants comme des personnes que la victime « connaissait » risque de masquer la tromperie criminelle qui est au cœur de cette infraction et peut injustement faire porter la responsabilité à ceux qui sont ciblés et contrôlés.
La traite des personnes est alimentée par les profits extrêmement élevés qu’elle génère, tant dans l’exploitation sexuelle que dans le travail forcé. L’Organisation internationale du Travail estime que 27,6 millions de personnes dans le monde sont victimes de traite, ce qui génère environ 150 milliards de dollars US de profits illégaux chaque année. Selon l’Évaluation 2025 des risques de blanchiment d’argent et de financement des activités terroristes au CanadaFootnote 1, la traite des personnes contribue de manière importante aux produits illicites liés au crime organisé. Les trafiquants continuent d’exploiter des personnes pour le travail et pour le sexe parce que cela génère des milliards de dollars et qu’ils courent très peu de risques d’être tenus responsables de leurs crimes. Toute démarche sincère visant à mettre fin à la traite doit s’attaquer non seulement à la vulnérabilité, mais aussi à la demande et aux systèmes qui permettent à l’exploitation de demeurer lucrative.
La Stratégie nationale du Canada pour lutter contre la traite des personnes reconnaît que la sensibilisation seule ne suffit pas. Fondée sur la prévention, la protection, les poursuites judiciaires, les partenariats et l'autonomisation, elle met l'accent sur des approches éclairées par les survivants et sur le partage des responsabilités entre les gouvernements, les communautés et les secteurs. Les survivants et les organisations de première ligne ont été clairs : pour être efficaces, les mesures doivent donner la priorité à la prévention précoce, à la protection des jeunes, à la responsabilisation des auteurs de préjudices et au soutien à long terme qui permet aux personnes de reconstruire leur vie.
En cette Journée de sensibilisation à la traite des personnes, nous devons renforcer à la fois notre discours et nos actions. La sensibilisation doit être précise, ciblée et exempte de récits qui masquent la réalité de l'exploitation. Nous devons continuer à mettre l'accent sur la mise en valeur de l'expertise des survivants, la correction des idées fausses préjudiciables et la promotion d'une compréhension claire et pratique. À l'instar du changement dans la manière dont la société aborde les contenus pédopornographiques, nous devons continuer à améliorer notre manière d'éduquer et de communiquer sur la traite des personnes. Une sensibilisation efficace n'est pas une fin en soi, mais un catalyseur de changements significatifs.
Mettre fin à la traite des personnes n'est pas une chose inévitable, mais un choix. Un choix qui exige des gouvernements, des entreprises, des communautés et des individus qu'ils agissent avec clarté, courage et un engagement collectif à protéger la dignité humaine.
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